Accueil > Voir aussi > Ce ne sont pas les marchés capitalistes qui résoudront les pandémies ou la (…)
Ce ne sont pas les marchés capitalistes qui résoudront les pandémies ou la crise climatique
samedi 4 juillet 2026 par Jag Bhalla
Davis, écrit Wallace-Wells, avait « des raisons impérieuses de revenir sur cette page secrète de l’histoire ». Il cherchait tout particulièrement à remettre en cause les récits historiques traditionnels qui, soit ignoraient ces famines dévastatrices, soit en déformaient profondément les causes politiques et économiques.
Une politique délibérée
Les historiens whigs [Le terme « historiens whigs » désigne une approche de l’histoire qui interprète le passé comme une progression inévitable vers les valeurs modernes, notamment la liberté, la démocratie et la rationalité scientifique, NdT] justifient généralement l’époque coloniale en avançant ce que Davis a qualifié de « discours arrogants sur les bienfaits, en termes de vies sauvées, du transport à vapeur et des marchés céréaliers modernes ».
Mais il s’agissait là d’une grave erreur de jugement. Si des millions de personnes ont trouvé la mort, ce n’est pas parce qu’elles vivaient dans les « recoins figés de l’histoire mondiale », mais « au moment même où elles étaient intégrées de force » à la modernité des marchés mondiaux.
Ce carnage s’est produit du temps de « l’âge d’or du capitalisme libéral », lequel a joué un rôle meurtrier (par le biais d’une « application théologique […] [de ses] […] principes sacrés »). Une grande partie de ce récit est toutefois passée sous silence dans la brève analyse de Wallace-Wells. Il est important de bien cerner ces faits, car ces mêmes doctrines capitalistes qui ont été à l’origine de ces catastrophes d’autrefois continuent d’être à l’œuvre aujourd’hui.
Elles continuent de freiner notre réponse à la crise climatique.
La cruauté sans coupables
« Trois crises alimentaires mondiales » se sont produites entre 1876 et 1902, écrit Davis, elles ont entraîné entre trente-deux et soixante et un millions de morts à cause d’une famine en Inde, en Chine et au Brésil. Robert Knight, rédacteur en chef du Bombay Times, estime que les responsables de la politique officielle de l’Inde alors sous domination britannique en matière de famine (ou de la dissimulation de ses effets) étaient coupables de « meurtres de masse ».
Davis accuse explicitement « les marchés des matières premières et la spéculation sur les prix […] ainsi que la volonté de l’État ». Dans tous les pays concernés sauf un, « la pénurie absolue […] n’a jamais été le problème ».
En Inde, l’élite britannique a supervisé « d’énormes exportations de céréales vers l’Angleterre alors que le pays était en proie à une famine effroyable ». Le carnage qui en a résulté a été une « tragédie politique qui aurait pu être évitée », et non une catastrophe naturelle. Les coupables n’étaient pas des forces anonymes, mais des choix politiques et commerciaux opérés par des individus identifiables (il cite trois vice-rois : Lyton, Elgin et Curzon). La rapacité l’a emporté sur la morale. Ce risque persiste encore aujourd’hui.
Voici comment Wallace-Wells présente les conclusions de Davis : « Les catastrophes environnementales frappent ceux qui ont été rendus les plus vulnérables » et « Les phénomènes El Niño du XIXe siècle [ont constitué] autant un test pour l’économie politique mondiale qu’une parabole de la fragilité écologique. » Il s’attend à ce que 2027 soit un test similaire (cependant de moindre ampleur). Mais à la lecture de son exposé, qui ne mentionne aucun coupable, on passe facilement à côté du rôle joué par la cupidité des marchés et des choix politiques qui ont créé ces vulnérabilités. Cela revient pratiquement à ignorer la leçon la plus importante que Davis nous adresse aujourd’hui : la déférence envers les marchés peut avoir des conséquences moralement choquantes.
Wallace-Wells évoque certes la « cruauté impériale », mais là encore, son langage abstrait gagnerait à être plus concret. Les dirigeants britanniques de l’Inde ont fait passer leurs intérêts personnels et leur marché libre adoré avant la vie des pauvres. Ils ont imposé la loi sur les contributions anti-caritatives, interdisant l’aide privée (qui risquait d’influencer les prix du marché). La seule aide autorisée se trouvait dans d’horribles camps de travail, comme celui de Madras, où les rations quotidiennes avaient un apport calorique inférieur à celui des rations des détenus de Buchenwald.
| Il en coûterait 93 milliards de dollars par an pour éradiquer la faim dans le monde, alors que les dépenses mondiales annuelles s’élèvent à 120 milliards de dollars pour les crèmes glacées, à 490 milliards pour les cosmétiques et à 600 milliards pour les aménagements paysagers. |
Lire la suite ICI
Voir en ligne : https://jacobin.com/2026/05/capital...

