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Cuba étranglée : le siège américain et la solidarité des peuples
lundi 10 août 2026 par Georges Renard-Kuzmanovic
Cuba est asphyxiée à petit feu. Pétrole, finances, alimentation, médicaments... Washington dégrade gravement la vie des civils et fait du blocus une arme politique. Face au silence occidental devant ce crime, du Mexique au Brésil et au Pays basque, la solidarité populaire s’organise.
Photo : Les premières victimes de l’embargo extrême des Etats-Unis sont les enfants et bébés de Cuba où la mortalité infantile est en hausse © Jorge Luis Baños/The New York Times/REA
Il a des guerres qui ne disent pas leur nom. Pas de bombardements sur La Havane, pas de divisions américaines débarquant sur les plages, pas de déclaration de guerre votée à Washington – même s’il y a eu le débarquement raté de la Baie des Cochons, deux attaques chimiques, une attaque bactériologiques, des dizaines d’attentas et tentatives d’assassinat.
Il y a maintenant et de longue date une méthode plus lente, moins spectaculaire et, pour cette raison même, beaucoup plus facile à dissimuler : empêcher un pays de commercer normalement, interdire les approvisionnements en médicament menacer ceux qui lui vendent du pétrole, bloquer ou compliquer ses transactions financières, tarir son approvisionnement énergétique et attendre que les centrales électriques s’arrêtent, que les transports se paralysent et que les hôpitaux manquent de médicaments... en un mot que la population cubaine paye et souffre le plus possible.
C’est aujourd’hui la réalité cubaine et c’est un crime contre l’humanité face auquel beaucoup se voilent la face.
Le 29 janvier 2026, Donald Trump a franchi une nouvelle étape en signant l’Executive Order 14380. Le texte déclare officiellement que Cuba constitue une « menace inhabituelle et extraordinaire » pour la sécurité nationale des États-Unis et autorise l’administration américaine à imposer des droits de douane supplémentaires aux produits provenant de tout pays vendant ou fournissant, directement ou indirectement, du pétrole à Cuba.
Il faut mesurer l’extraordinaire disproportion contenue dans cette formulation. Cuba compte un peu plus de onze millions d’habitants, dispose d’une économie exsangue et ne possède évidemment aucune capacité militaire lui permettant de menacer sérieusement les États-Unis, ni ne le fait, ni ne le proclame – c’est même l’inverse depuis des décennies.
Pourtant, Washington utilise la puissance militaire américaine, le dollar, son marché américain et l’inique extraterritorialité du droit américain pour placer les fournisseurs de Cuba face à la menace d’en payer le prix s’ils venaient à commercer avec l’île.
C’est l’utilisation de la puissance économique américaine pour tenter d’imposer cet embargo au reste du monde.
Faire plier un pays en faisant souffrir sa population
La doctrine est ancienne. Dès 1960, un mémorandum du département d’État américain recommandait déjà de provoquer, par la pression économique, le mécontentement de la population cubaine afin d’affaiblir le gouvernement révolutionnaire de Fidel Castro. Soixante-six ans plus tard, la logique fondamentale n’a guère changé, rendre la vie quotidienne suffisamment difficile pour que la société cubaine finisse par céder – c’est la logique de l’embargo appliquée tant de foi, en Irak, en Iran, en Syrie, au Yémen, ailleurs, et plus de soixante ans face à Cuba et qui n’a jamais abouti politiquement, mais qui a produit d’immenses souffrances subie par les peuples.
Depuis les lois Torricelli de 1992 et Helms-Burton de 1996, Washington ne se contente plus d’interdire aux Américains de commercer avec Cuba, les États-Unis ont progressivement donné à leur embargo une portée extraterritoriale, menaçant banques, armateurs et entreprises étrangères de sanctions ou de restrictions d’accès au marché américain s’ils entretiennent certaines relations économiques avec l’île.
Ce dispositif a encore été durci en 2026 par Donald Trump, mais la différence est qu’en 2026, l’énergie est devenue l’arme principale.
L’un des principaux artisans de ce durcissement est Marco Rubio, secrétaire d’État de Donald Trump et Conseiller à la sécurité national, est la figure historique de l’aile la plus hostile au régime cubain à Washington.
Fils d’immigrés cubains et ancien sénateur de Floride, affilié aux mouvements dit « anicastriste » les plus réactionnaires et violents, il a fait de la chute du régime communiste de La Havane un combat politique de longue date. Sous son impulsion, Washington assume une stratégie de pression maximale en étranglant économiquement l’État cubain.
Après l’effondrement des livraisons vénézuéliennes suite à l’opération (illégale également au regard du droit international) de kidnapper en janvier dernier le Président en exercice, Nicolas Maduro, le Mexique était devenu l’un des principaux fournisseurs de Cuba, avec environ 17 000 barils par jour au début de l’année.
Washington a alors fait peser sur Mexico la menace de représailles commerciales. Ce mécanisme est redoutablement efficace, car il n’est nul besoin d’arraisonner chaque pétrolier lorsque les armateurs, assureurs, banques, négociants et États savent qu’ils peuvent être sanctionnés s’ils approvisionnent Cuba.
Washington n’a même plus besoin d’encercler Cuba d’une armada. Au plus fort du déploiement militaire américain dans les Caraïbes dans le but de contraindre le Venezuela, les États-Unis avaient concentré dans la région quelque 15 000 hommes, un groupe aéronaval, six destroyers, un croiseur, plusieurs bâtiments amphibies, un sous-marin nucléaire d’attaque et plus de 150 aéronefs.
Depuis, ce dispositif a été fortement réduit, mais des bâtiments américains continuent d’opérer dans les Caraïbes. Cette présence fournit l’arrière-plan militaire d’un siège qui s’exerce avant tout par l’arme économique, financière et énergétique.
Les États-Unis n’ont donc pas officiellement établi autour de Cuba un cordon naval comparable au blocus de 1962. Il s’agit d’abord d’un blocus énergétique et financier de facto, dont l’efficacité repose sur l’extraterritorialité de la puissance américaine, complétée par une présence militaire considérable dans la région.
Cette distinction juridique n’en rend pas les conséquences moins réelles. Au printemps, Cuba s’est retrouvée sans diesel ni fioul disponibles en quantité suffisante (catastrophique pour l’agriculture) ; les coupures d’électricité ont parfois atteint vingt-deux heures par jour.
Or sans carburant, il n’y a pas seulement moins de voitures, il n’y a plus de groupes électrogènes, plus de pompes fonctionnant normalement, moins de transports collectifs, moins de camions pour distribuer les aliments, moins de collecte des déchets, moins de moyens pour transporter médecins, infirmières et médicaments, et parfois plus d’électricité y compris dans des lieux absolument vitaux, comme les hôpitaux – c’est là qu’on rentre dans le registre du crime contre l’humanité.
Le dossier du ministère cubain de la Santé donne la mesure humaine de cette stratégie : 95 555 personnes sont actuellement en attente d’une intervention chirurgicale, dont 5 152 en oncologie ; 2 888 patients sous hémodialyse rencontrent des difficultés liées notamment aux défaillances de l’alimentation en eau et en électricité.
Des ascenseurs hospitaliers sont hors service, les blanchisseries fonctionnent difficilement et les pénuries de carburant perturbent jusqu’à la collecte des déchets, augmentant les risques épidémiques.
Malgré ces contraintes, la vice-ministre de la santé, le docteur Tania Margarita Cruz Hernández, a souligné que la politique consiste à « essayer de maintenir les services aussi longtemps que possible et à utiliser de manière optimale les ressources disponibles », afin d’éviter la fermeture des établissements de santé... ce qui est de plus en plus difficile. La situation est extrêmement difficile dans le cas des services de maternité, en particulier avec les enfants nés prématurés.
Voilà ce que signifie concrètement « faire pression sur le régime cubain ».
Une guerre économique contre des civils
On peut critiquer le système politique cubain ou l’encenser, même si cela concerne d’abord les Cubains eux-mêmes. On peut discuter de son modèle économique, de ses erreurs de ses succès, de ses insuffisances et réussites et de ses responsabilités propres dans la crise, soit. Le réalisme géopolitique consiste précisément à ne pas transformer les États que l’on voudrait soutenir en objets de dévotion idéologique, là n’est surtout pas la question.
Mais aucune de ces critiques, légitimes ou illégitimes, qui sont faites à l’encontre du système politique cubain ne répond à la question fondamentale : de quel droit une puissance étrangère peut-elle décider d’asphyxier économiquement une population afin d’obtenir un changement politique dans un État souverain ?
L’Assemblée générale des Nations unies apporte depuis des décennies une réponse remarquablement constante. En octobre 2025, pour la trente-troisième fois (sic !) consécutive, elle a demandé la levée de l’embargo américain ! 165 États ont voté en ce sens, contre seulement sept (États-Unis, Israël, Argentine, Hongrie, Macédoine du Nord, Paraguay et Ukraine – qui fait preuve d’une incohérence absolue, mais il faut bien recevoir des armes des Etats-Unis) et douze abstentions, soit 90% de l’humanité (et encore nombre de citoyens parmi les sept pays s’opposent à cet embargo criminel).
Même l’immense majorité des alliés de Washington, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et le Japon, ont condamné l’embargo !
Plus grave encore, le 6 août dernier, des experts des Nations unies en matière de droits humains ont appelé la communauté internationale à intervenir rapidement pour empêcher que Cuba ne devienne un « Gaza silencieux ». Leur principe est difficilement contestable, car priver sciemment une population des moyens nécessaires à sa survie porte atteinte au droit à la vie et à la dignité humaine.
Certes, la qualification de crime contre l’humanité suppose juridiquement que soient démontrés les éléments précis prévus par le droit pénal international, notamment l’existence d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile et la connaissance de cette attaque.
Mais la question de cette qualification mérite désormais d’être posée sérieusement. Lorsqu’une politique assume de priver une population entière d’énergie et que ses auteurs savent nécessairement que cette privation frappe les hôpitaux, l’alimentation en eau, les transports, l’accès aux médicaments et, finalement, les conditions mêmes de la survie, nous ne sommes plus dans une banale querelle commerciale.
Ces privations ont des conséquences humaines graves et ce sont justement ces conséquences qui sont visées.
Affamer n’est pas négocier. Plonger des hôpitaux dans le noir n’est pas faire de la diplomatie. Transformer les besoins élémentaires de millions de civils en instruments de coercition politique relève d’une logique de siège.
Moscou et Pékin desserrent l’étau
La Russie a elle aussi tenté de desserrer l’étau énergétique. Le 31 mars, le pétrolier russe Anatoly Kolodkin, lui-même sous sanctions occidentales, est entré dans le port de Matanzas avec quelque 730 000 barils, soit environ 100 000 tonnes de brut, après plusieurs mois pratiquement sans livraison pétrolière à Cuba.
La cargaison ne représentait pourtant qu’une dizaine de jours de consommation, à peine un ballon d’oxygène. Au moins deux cutters des garde-côtes américains se trouvaient dans la zone et auraient disposé de la capacité matérielle d’intercepter ce pétrolier russe, mais Washington choisit finalement de le laisser passer.
Cela montre que l’approvisionnement énergétique cubain dépend désormais aussi du rapport de forces entre grandes puissances.
Moscou avait annoncé immédiatement qu’un deuxième pétrolier suivrait. Mais celui-ci n’est finalement jamais arrivé ; après avoir attendu plusieurs semaines au milieu de l’Atlantique, le navire destiné à Cuba a changé de cap à la fin du mois de mai. Au 10 août, aucune nouvelle livraison russe importante n’est publiquement confirmée.
Washington a entre-temps encore resserré l’étau en sanctionnant, le 12 juin, CUPET, la compagnie pétrolière nationale cubaine, compliquant davantage les opérations des navires, banques et intermédiaires susceptibles d’approvisionner l’île.
La Chine a choisi une stratégie différente et probablement plus importante à long terme consistant à réduire la dépendance même de Cuba au pétrole importé.
Ainsi, Pékin finance, fournit et équipe massivement le développement du solaire cubain. Au moins 59 parcs photovoltaïques ont été construits en deux ans et le solaire assure désormais environ 10 % de l’électricité de l’île, contre 3 % l’année précédente.
La Chine a notamment fourni pour 117 millions de dollars d’équipements solaires en 2025 et fait don d’environ 320 MW de panneaux photovoltaïques ; elle livre parallèlement 5 000 installations solaires autonomes de 2 kW, destinées notamment aux zones isolées et aux infrastructures essentielles.
Mais les obstacles restent considérables car le réseau électrique cubain est vétuste et les capacités de stockage par batteries demeurent insuffisantes. Mais là où Moscou apporte ponctuellement le pétrole permettant à Cuba de tenir quelques jours supplémentaires, Pékin contribue à construire une infrastructure susceptible, progressivement, de rendre l’île moins vulnérable à l’arme énergétique américaine.
La solution idéale serait de construire une centrale nucléaire, ce qu’avaient commencé les soviétiques et la vulnérabilité énergétique actuelle de Cuba aurait pu être profondément différente.
En 1983, l’URSS avait commencé à construire à Juraguá, près de Cienfuegos, la première centrale nucléaire cubaine, équipée de réacteurs soviétiques VVER-440. Le premier réacteur était déjà très avancé lorsque l’effondrement de l’Union soviétique bouleversa le projet.
La Russie d’Eltsine, plongée elle-même dans une crise économique profonde, n’avait ni les moyens ni la volonté de poursuivre aux conditions soviétiques (quasiment un don) le financement d’un chantier aussi coûteux. En septembre 1992, au moment où Cuba entrait dans la terrible « période spéciale », Fidel Castro annonça la suspension des travaux.
Cuba et la Russie tentèrent encore pendant les années 1990 de trouver les financements permettant d’achever la centrale, malgré l’hostilité de Washington, qui invoquait notamment des problèmes de sûreté. Faute d’investisseurs, le projet fut définitivement abandonné en 2000.
L’histoire prend aujourd’hui une dimension tragique, car les deux premiers réacteurs auraient fourni environ 880 MW, une puissance considérable à l’échelle cubaine. L’île serait restée dépendante du combustible nucléaire russe, mais elle aurait été beaucoup moins vulnérable aux pénuries de pétrole et de fioul qui permettent aujourd’hui à Washington de transformer l’énergie en instrument de coercition.
Le Mexique refuse de s’agenouiller
Face à cette pression, le Mexique mérite une attention particulière.
Claudia Sheinbaum se trouve dans une position extrêmement délicate. Plus de 80 % des exportations mexicaines sont destinées aux États-Unis, l’intégration industrielle des deux pays est immense et Washington possède donc des moyens de pression autrement plus sérieux contre Mexico que contre la plupart des capitales européennes.
Et pourtant, la présidente mexicaine continue de défendre le principe d’une aide à Cuba.
Son gouvernement a organisé plusieurs livraisons humanitaires et prépare de nouveaux envois avec l’aide de la marine mexicaine et de l’Agence mexicaine de coopération internationale pour le développement.
Sheinbaum assume publiquement cette politique au nom de la souveraineté des peuples et de la solidarité avec les Cubains... à la grande fureur de Donald Trump, ce qui fait de cette décision politique un acte de courage particulièrement fort.
Il est facile de proclamer son attachement au « droit international » lorsque Washington est d’accord. Il est autrement plus difficile de défendre effectivement la souveraineté d’un État latino-américain lorsque la première puissance économique et militaire mondiale menace ceux qui lui viennent en aide, les Européens pourraient en prendre de la graine.
Et tandis que tant de gouvernements européens se montrent extraordinairement discrets, une autre solidarité s’organise, beaucoup plus modeste matériellement mais peut-être plus digne politiquement, celle de simples citoyens et d’associations.
Quand les peuples font ce que les gouvernements n’osent plus faire
Au Brésil, le Movimento dos Trabalhadores Rurais Sem Terra, le célèbre MST, a livré début août plus de 7,6 tonnes de fournitures médicales à Cuba, réceptionnée par l’Hôpital clinico-chirurgical Hermanos Ameijeiras, situé à La Havane, notamment des antibiotiques de première intention (azithromycine) et de l’oméprazole. Depuis 2025, sa campagne permanente « Aide à Cuba » rassemble travailleurs ruraux et urbains, enseignants, étudiants, professionnels de santé et militants.
Le MST n’est pas une petite association exotique. Implanté dans 24 États brésiliens, regroupant environ 450 000 familles ayant obtenu des terres par leurs luttes et représentant près de deux millions de membres selon certaines estimations, il est l’un des plus importants mouvements paysans et sociaux du monde.
Les porte-parole du MST ont souligné que cet envoi s’inscrivait dans une longue tradition de soutien populaire et de coopération historique réciproque, qui avait déjà permis d’acheminer plus de quatre tonnes d’aide sanitaire après le passage de l’ouragan Melissa en 2025. Les coordinateurs du mouvement ont insisté sur leur volonté de poursuivre la collecte de fonds pour une durée indéterminée afin de lutter contre les conséquences du durcissement du blocus imposé par les États-Unis
Au Pays basque espagnol, Euskadi-Cuba organise de son côté l’expédition de nourriture, de produits d’hygiène, de vêtements, d’ordinateurs, de bicyclettes, de matériel pédagogique et de fournitures médicales. Associations, syndicats et simples particuliers collectent de l’argent jusque pour payer le fret maritime des conteneurs.
Il y a quelque chose de profondément politique dans ces gestes précisément parce que leurs moyens sont dérisoires au regard de ceux de la puissance qu’ils défient. D’un côté, la première puissance militaire et financière mondiale. De l’autre, des paysans brésiliens qui collectent des antibiotiques et des militants basques qui remplissent des conteneurs de nourriture, de savon et de matériel médical.
C’est peut-être cela, au fond, l’internationalisme lorsqu’il cesse d’être un mot.
Soixante-cinq ans après Batista
Pour comprendre l’obstination américaine, il faut enfin revenir à l’histoire.
Washington n’a jamais réellement pardonné à Cuba d’avoir cessé d’être son arrière-cour. La révolution de 1959 ne renversa pas une démocratie libérale idyllique, mais la dictature de Fulgencio Batista, un régime autoritaire, corrompu, étroitement dépendant des États-Unis, dans une île où les intérêts américains possédaient une part considérable de l’économie et où la mafia américaine avait transformé La Havane en terrain privilégié pour ses casinos, ses hôtels, la prostitution et ses trafics.
Une phrase célèbre attribuée à Franklin Roosevelt à propos du dictateur nicaraguayen Anastasio Somoza résume parfaitement cette conception de la politique étrangère qui n’a rien à voir avec une prétendue « défense de la démocratie » : « He may be a son of a bitch, but he’s our son of a bitch. » – « C’est peut-être un salaud, mais c’est notre salaud. »
La formule est probablement apocryphe, les historiens n’en ont retrouvé aucune trace dans les archives de Roosevelt et elle a également été attribuée, selon les versions, à propos de Rafael Trujillo. Mais si Roosevelt ne l’a vraisemblablement jamais prononcée, elle décrit avec une redoutable justesse une pratique longtemps assumée, mieux valait (et vaut), dans l’hémisphère occidental, un dictateur docile aux intérêts américains qu’un gouvernement indépendant susceptible de leur résister.
Le crime historique de Cuba, aux yeux de Washington, est précisément celui d’avoir voulue être indépendante, souveraine.
Soixante-sept ans après l’entrée des révolutionnaires à La Havane, les États-Unis semblent encore vouloir démontrer qu’à quatre-vingt-dix miles de la Floride, aucune souveraineté récalcitrante ne saurait durablement leur échapper.
Mais après plus de six décennies d’embargo, le gouvernement cubain issu de la révolution est toujours là, comme un gigantesque pied-de-nez à la puissance américaine. L’isolement économique n’a pas produit les révoltes espérées, au contraire ; il a appauvri une population, nourri l’émigration, radicalisé les antagonismes et fourni au gouvernement cubain un adversaire extérieur permanent.
Aujourd’hui, l’étranglement énergétique risque surtout de provoquer une catastrophe humanitaire à quelques dizaines de kilomètres des côtes américaines.
La politique de puissance devient irrationnelle lorsqu’elle confond puissance et toute-puissance.
Cuba n’a pas besoin que l’on idéalise son gouvernement. Cuba a besoin qu’on lui reconnaisse ce que l’Occident affirme reconnaître à tous les peuples, le droit de commercer, de se nourrir, de se soigner et de déterminer souverainement son avenir.
Des paysans sans terre du Brésil aux militants basques, des équipages humanitaires aux autorités mexicaines qui refusent de céder entièrement aux injonctions de Washington, certains l’ont compris. [1]
Face à un siège, envoyer quelques tonnes de médicaments peut sembler dérisoire. Cela ne l’est pas humainement. Parce qu’au-delà des antibiotiques, des panneaux solaires ou des sacs de nourriture, ces cargaisons transportent quelque chose que soixante-six années de sanctions n’ont toujours pas réussi à faire disparaître, l’idée qu’un peuple, aussi petit soit-il, n’appartient à personne et peut tenir tête face au néocolonialisme le plus brutal.
Voir en ligne : https://www.fpop.media/cuba-etrangl...
[1] Lire aussi : https://urcommuniste.fr/2026/07/27/100-ans-de-fidel-26-juillet/

